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c. Voici l'homme ?
Voici l'humain !
Mais par là nous sortons déjà du christianISME, qui consacre une idée masculine et singulière de Dieu. La douceur du sein, pourtant, n'en était pas absente, mais sous quels déguisements, sous quels travestissements et polarisations, ce dont les bûchers de sorcières ne représentent sans aucun doute que l'extrême pointe de l'iceberg.
La question est donc celle-ci :
qu'est-ce que l'humain ?
ou plutôt : dans quelle dynamique nous constituons-nous, hommes et femmes, femmes et hommes, comment devenons-nous humains, ou homme, ou femme, ou tout autre chose pour certains. Certains ?
Il y a bien sûr ce petit problème de l'identité : qui sommes-nous ? Mais c'est un petit problème : car ne sommes-nous pas en constant devenir ? La seule chose constante... nécessaire...
Mais plus loin la question se pose de savoir si l'humain est une catégorie valide, et comment elle l'est. L'homme est-il une régime de nature ? Est-il un automate naturel ? un animal culturel ? un zoon logikon, politikon ? une espèce de fleur spéciale ? de la poudre aux yeux ?
b. Voici l'homme, mais de quel homme s'agit-il ?
Ici, l'image du Christ.
D'abord un homme, Jésus de Nazareth, avant d'être fait dieu par l'Eglise, le Fils consubstantiel au Père lors du Concile de NIcée en 325 après qui l'on sait. Le dénommé Jésus Christ est le Verbe fait chair, il est dieu devenu homme, pour le salut de ce dernier.
Dès lors la double nature du Christ deviendra prépondérante.
Symboliquement et philosophiquement, au gré des mélanges, des syncrétismes, de Plotin à Augustin, puis plus tard jusqu'aux premières universités du XIIe siècle, l'homme lui-même, image de Dieu, reflète et absorbe ce dualisme. Le corps, matériel, l'âme spirituel. Le principe de raison, sauvé du paganisme de la philosophie grecque, trouve son répondant dans le christianisme, et les organes génitaux ne sont plus seulement entouré de pudeur mais deviennent les instruments de Satan, de Dieu selon les conditions spécifiées, au fil des siècles, par divers standards qui en font tous un pur outil de reproduction patriarcale.
Le corps est meurtris, violacé de meurtrissure, "discipline", flagellation, chemin de croix sanglant dans les pays du sud, etc. Mais cela ne fait-il pas que refléter le traitement qui est aussi appliquer à l'esprit, en même temps que se révèle par là l'interprétation chrétienne de la souffrance ?


a. Voici l'homme !
C'est la formule de l'affirmation d'une apparition : non pas "je suis", mais j'apparais, je viens.
Je naîs sous vos yeux, une naissance qui n'aura lieu qu'une fois et une seule, ici, maintenant.
L'accent, en français, est mis sur une montée en puissance, une montée en présence ou en présentification de soi. Soi qui n'est pas un "moi", une "identité", dans le sens où l'on parle de carte d'identité ou d'une concrétion psychologique, mais qui est justement ce qui fait que cette concrétion pourra avoir lieu. C'est-à-dire les mouvements profonds de la psyché, qui se compose transversalement aux corps individuel et collectif, par la dynamique de leur rencontre incessante (on entend aussi bien dans collectif d'autres individus que les maisons ou les coccinnelles).
Quelque chose s'est montré, est présent, est montré, est apparu, de manière plus ou moins inattendue, degrés de chaos, de mobilité, et parfois, de survenance, dans la présentification des êtres ou des choses (objet ou sujet qu'importe, ce sont des catégories qui ne sont pas adéquates : ce qui apparaît n'a pas d'objet et ne peut être objet de rien ni de personne, parce qu'il est un mouvement, et par là il enchaîne à la danse).
Anonyme - 1490 - Museu Nacional de Arte Antiga, Lisboa
ECCE HOMO